Bilan discographique 2020 – 2

EN 2020 les maisons d’opéra du monde entier ont dû fermer leurs portes pendant plusieurs mois à cause de la pandémie du Covid-19, et à l’heure actuelle il est difficile de savoir quand les salles de spectacles pourront de nouveau ouvrir en France et dans la majeure partie de l’Europe, à l’exception notoire de la Russie, où les spectacles continuent avec une jauge de spectateurs réduite. Le hasard des sorties discographiques fait qu’en cette fin d’année 2020 j’ai eu envie de revenir sur plusieurs sorties discographiques mettant en lumière le répertoire lyrique britannique du XXe siècle.

The Dancing Master – Malcolm Arnold (1952)

Cet enregistrement de l’opéra du compositeur britannique Malcolm Arnold (1921-2006) The Dancing Master est une des plus réjouissantes découvertes de cette année 2020. Cet opéra comique en un acte composé sur un livret du réalisateur et librettiste Joe Mendoza pour la télévision fut refusé comme étant trop osé à la fois par la BBC et Granada, et ne fut jamais interprété sur scène ou enregistré du vivant d’Arnold. Ce très bel enregistrement par le très talentueux chef d’orchestre John Andrews, qui a enregistré ces dernières années d’autres raretés du répertoire lyrique britannique telles que The Judgement of Paris de Thomas Arne et plusieurs œuvres d’Arthur Sullivan, le BBC Concert Orchestra et une distribution de merveilleux chanteuses et chanteurs britanniques est donc une première mondiale, et l’occasion de (re)découvrir l’oeuvre d’un compositeur anglais peu connu en France. Inspiré d’une pièce de William Wycherley, The Gentleman Dancing Master (1671), le livret enlevé et assez cru du Dancing Master raconte une farce amoureuse avec des personnages typiques de la période de la Restauration anglaise : une héritière cloîtrée par un tuteur très protecteur, une servante intrigante, et un beau séducteur peu recommandable. Cette oeuvre « haute en couleur » et caractérisée par « l’orchestration brillante de Malcolm Arnold » pour reprendre les termes employés par le chef John Andrews dans le livret du disque reçoit ici une splendide interprétation à la fois orchestralement et vocalement. Un vrai bijou pour chasser la morosité de l’année 2020 !

Mark Wilde, Ed Lyon, Fiona Kimm, Graeme Broadbent, Catherine Carby, Eleanor Dennis
BBC Concert Orchestra, John Andrews

Miss Julie – William Alwyn (1977)

Autre rareté d’un compositeur peu ou pas connu en France, William Alwyn (1905-1985) : « L’Europe continentale a toujours tenu la sphère musicale britannique pour une terra incognita ! Le mélomane moyen aurait du mal à citer plus de dix noms de compositeurs britanniques : Dowland, Purcell, Elgar, Vaughan Williams, Walton, Britten et puis ? L’amateur d’opéra ajouterait Maxwell Davies, Tippett ou plus près de nous George Benjamin, Thomas Adès… mais William Alwyn ? » (Jean-Pierre Rousseau, « Le confinement de Miss Julie », Forum Opéra). Cette ignorance de la musique d’Outre-Manche en France est fort dommage, comme le montre ce bel enregistrement d’une des dernières oeuvres majeures d’Alwyn. Après une brillante carrière comme compositeur de musique de film, Alwyn décida dans les années 60 de se concentrer exclusivement sur des projets musicaux « non-commerciaux », ainsi qu’à l’écriture, la peinture et le dessin comme l’explique Andrew Palmer dans le livret d’accompagnement de l’album. Passionné par l’opéra, Alwyn avait enfin le temps de s’y consacrer. Après avoir d’abord collaboré avec Christopher Hassall sur l’écriture du livret inspiré de la pièce du dramaturge suédois August Strindberg, Mademoiselle Julie (1888), Alwyn décida de l’écrire lui même, car il désirait se dispenser « de tous les détails superflus, du symbolisme et de la moralisation, pour ne conserver que la substance strindbergienne dramatique de la pièce. » Pour cela il « condensa le texte de Strindberg, remplaça le symbolisme verbale par des thèmes et des motifs musicaux, et – de manière plus controversée – il introduisit un nouveau personnage, Ulrik, le garde-chasse », qui remplace « le choeur des villageois de Strindberg ». Sous la direction passionnée du chef finlandais Sakari Oramo, le BBC Symphony Orchestra brille de mille feux tout comme le quatuor vocal, composé d’Anna Patalong, Benedict Nelson, Rosie Aldrige et Samuel Sakker. Tous ces excellents musiciens et chanteurs donnent une interprétation intense et tragique de ce chef d’oeuvre de William Alwyn.

Anna Patalong (Miss Julie), Benedict Nelson (Jean), Rosie Aldridge (Kristin), Samuel Sakker (Ulrik), BBC Symphony Orchestra, Sakari Oramo

Peter Grimes – Benjamin Britten (1945)

Benjamin Britten (1913-1976) est l’un des rares compositeurs britanniques du 20e siècle régulièrement joué dans les salles de concert et les maisons d’opéra en France, et Peter Grimes est l’un de ses opéras les plus connus. Contrairement aux deux oeuvres précédentes, une riche discographie existe déjà pour découvrir ce chef-d’œuvre de Britten, à commencer par l’enregistrement dirigé par le compositeur lui-même et interprété par son compagnon Peter Pears. Alors pourquoi écouter un nouvel enregistrement ? Tout simplement parce que nouvel enregistrement permet d’écouter le ténor australien Stuart Skelton, un des plus grands interprètes contemporains du rôle titre et que son travail avec le chef anglais Edward Garner est remarquable comme le souligne le critique Richard Morrison dans le Times : « Le robuste ténor australien est aujourd’hui encore plus identifié à ce malheureux protagoniste que Peter Pears, le premier Grimes. Et partout où Skelton a chanté ce rôle, que ce soit à l’English National Opera, aux Proms, au festival d’Edimbourg ou maintenant dans cette tournée internationale d’une mise en scène de concert montée par l’Orchestre philharmonique de Bergen, le chef d’orchestre a été Edward Gardner. Leur partenariat musical est l’un des plus importants, et ils continuent à atteindre de nouvelles profondeur dans ce chef-d’œuvre tragique. » Ajoutons à cela la beauté du son riche et lumineux de l’Orchestre Philharmonique de Bergen, dont Gardner est directeur musical depuis 2015, et une troupe de chanteurs étincelants, aussi bien en ce qui concernent les solistes que les chœurs (les Bergen Philharmonic Choir, Edvard Grieg Kor, Royal Northern College of Music Chorus, Choir of Collegium Musicum Håkon, sous la direction de Matti Skrede).

Contrairement aux opéras précédemment présentés, celui de Britten eu un succès international retentissant lors de sa création et comme l’explique Philip Reed dans le livret d’accompagnement du disque, avec Peter Grimes, Britten
‘fit significativement œuvre de pionnier et encouragea d’autres compositeurs anglais à se lancer eux-mêmes dans la composition d’opéras. » Pour son second opéra, le compositeur britannique décida de plonger dans ses racines, et de s’inspirer du poème de George Crabbe (1754 – 1832), un auteur natif du Suffolk comme Britten lui-même. Britten s’inspira de cette « histoire d’un pêcheur violent, habitant Aldeburgh, qui tuait les mousses qu’il faisait venir des ateliers sociaux et qui reçut ensuite la visite de leurs fantômes » pour la transformer en une histoire plus ambigüe, « un drame du destin », dans lequel « après Don Giovanni, Otello ou Wozzeck, le compositeur reprend le thème du paria, du héros maudit dont la destruction est programmée d’avance. Son cadre : un fait divers dans un petit village du Suffolk, auquel la musique iodée de Britten, tour à tour impressionniste et symboliste, va conférer des accents déchirants de réalisme et de vérité. Si les formes classiques de l’opéra (airs, duos, chœurs) sont respectées, elles s’intègrent à un tissu orchestral fluide, continu, où des harmonies mouvantes décrivent la puissance de l’élément marin, parabole des tempêtes qui s’agitent sous les crânes. » (Source : Opera Online)

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