Bilan discographique 2019 n° 8

Depuis une quarantaine d’années la musique du compositeur français Jean-Baptiste Lully a été redécouverte grâce notamment au musicologue et chef d’orchestre français Jean-Claude Malgoire, un pionnier de la musique baroque, qui fut le premier à enregistrer certaines œuvres de Lully sur instruments anciens et qui forma et lança la carrière de toute une génération de musiciens qui font actuellement rayonner la musique française baroque à travers le monde. En cette année 2019, un an après la disparition de Malgoire, la musique de Lully rayonne plus que jamais grâce à d’excellents enregistrements.

L’enregistrement de trois grand motets de Lully, les Dies Irae, De Profundis et Te Deum, par le jeune et très talentueux chef argentin Leonardo García Alarcón a été un véritable éblouissement pour mes oreilles. Certains critiques ont reproché à Alarcón la splendeur sonore de cet album, mais c’est un reproche étrange dans la mesure où ces grands motets de Lully n’étaient pas composés dans l’optique d’une recherche de spiritualité, mais étaient écrites pour mettre en scène la gloire du roi de France et la splendeur de sa cour, la plus brillante d’Europe à l’époque. Alarcón dirige dans cet album à la fois le Millenium Orchestra et son ensemble de la Cappella Mediterranea, le Choeur de Chambre de Namur ainsi que brillants solistes (Sophie Junker, Judith van Wanroij, Matthias Vidal, Cyril Auvity, Thibault Lenaerts et Alain Buet), et la collaboration de tous ces excellents musiciens fait briller de mille feux la musique de Lully.

Comme l’enregistrement précédent, celui de Phaeton, tragédie lyrique en cinq acte et prologue, par Vincent Dumestre et l’ensemble qu’il a fondé en 1998, Le Poème Harmonique, est aussi une publication de l’Opéra Royal de Versailles. C’est un enregistrement en direct d’un spectacle de juin 2018, qui a été également filmé et dont le DVD a été publié par Bel Air Média. Pour cette production luxueuse, Dumestre a collaboré avec l’Opéra de Perm, et l’excellent chœur et orchestre du chef greco-russe Teordor Currentzis, musicÆterna, ainsi qu’un ensemble de magnifiques solistes en grande partie français et russes (Eva Zaïcik, Mathias Vidal, Cyril Auvity, Elizaveta Sveshnikova, Victoire Bunel, Lisandro Abadie, Léa Trommenschlager, Viktor Shapovalov, Aleksandr Egorov). Créé en 1683, Phaeton fait partie des grandes tragédies lyriques de Lully dont le livret a été écrit par le grand librettiste Philippe Quinault. Phaeton une « œuvre de maturité » de Lully, comme l’explique Vincent Dumestre dans le livret du disque. C’est une oeuvre qui tire sa force du livret de Quinault, « qui sculpte l’œuvre ». Mais c’est surtout une œuvre au « message politique fort: nul ne doit briller autant que le (Roi) Soleil ». Cette collaboration franco-russe est remarquable en tout point, et sert superbement non seulement les beautés vocales de ce chef-d’œuvre de la musique baroque, mais également la poésie et la beauté de la langue de Quinault, grâce à un soin particulier apporté à la diction de la langue française au XVIIe siècle (ce qui risque de surprendre quelques auditeurs non avertis).

Cette fin d’année a été placée sous le signe de la déesse Isis, grâce à l’admirable enregistrement de Isis par le chef d’orchestre et claveciniste français Christophe Rousset, l’ensemble Les Talens Lyriques, le Chœur de Chambre de Namur et une distribution de magnifiques solistes (Eve-Maud Hubeaux, Cyril Auvity, Edwin Crossley-Mercer, Philippe Estèphe, Ambroisine Bré, Bénédicte Tauran, Fabien Hyon, Aimery Lefèvre, Julie Calbète, Julie Vercauteren). Isis est une tragédie en musique en un prologue et cinq actes, composée sur un livret du grand Philippe Quinault, qui s’inspira des Métamorphoses d’Ovide pour raconter les amours du dieu Jupiter avec la nymphe Io. Philippe Beaussant, dans son ouvrage Lully ou le Musicien du Soleil, souligne que cette œuvre est « une des plus séduisantes créations » de Lully et Quinault, souvent appelée « l’Opéra des Musiciens ». L’enregistrement de Rousset et des Talens Lyriques est extraordinaire d’un point de vue instrumental et vocal, et je consacrerais d’ici quelques semaines un texte plus approfondi à ce merveilleux enregistrement.

 

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