Bilan discographique 2019 n°3

Souvent quand on évoque l’univers musical du compositeur autrichien Franz Schubert (1797-1828), on pense souvent à un univers mélancolique et sombre, celui d’un compositeur romantique mort très jeune et qui fit carrière dans l’obscurité, rencontrant peu de succès public, et qui composa dans l’ombre du géant Beethoven, dont la mort en 1826 le libéra d’un poids immense d’un point de vue créatif.

Mais contrairement à cette image d’Epinal, la musique de Schubert peut également être caractérisée par une légèreté inouïe et une joie intense, comme l’ont si bien compris le chef anglais Edward Gardner et les merveilleux musiciens du City of Birmingham Symphony Orchestra dans leur magnifique interprétation des symphonies n°3 et 5. Dans ces symphonies Gardner fait jouer l’orchestre avec une allégresse, un dynamisme, une légèreté et une grâce telles que cela a été un pur moment de bonheur pour moi d’écouter et de réécouter ce disque pendant le premier trimestre de l’année 2019. Et quand tout d’un coup après le tourbillon de l’Allegro Vivace de la 5e symphonie, les premières mesures de la 8e symphonie commencent à retentir on bascule soudain dans le drame, dans l’obscurité, dans une musique beaucoup plus austère et mélancolique.

Deuxième coup de cœur Schubertien cette année, l’interprétation sublime, parfaite, abyssale du cycle de lieder des Winterreise par le baryton Peter Mattei et le pianiste Lars David Nilsson. Comme je l’écrivais il y a quelques mois dans un texte en anglais : « La voix de baryton riche et profonde de Mattei exprime avec beaucoup de nuances la complexité de la musique de Schubert et sa diction est assez miraculeuse en termes de clarté. L’accompagnement au piano de Lars David Nilsson est tout aussi frappant par sa force expressive et sa clarté. » Quand j’ai écouté pour la première fois cet album, j’ai éprouvé un effet de sidération assez rare devant la beauté et la force expressive de la voix de Peter Mattei. Chaque syllabe est chantée avec une intensité dramatique assez inouïe et le baryton suédois est superbement accompagné par son compatriote Lars David Nilsson.

Après avoir achevé l’écriture des Winterreise, Schubert vécut encore une année, pendant laquelle il composa simultanément trois chefs-d’oeuvres pour piano, ses dernières sonates, qui ne furent publiées que dix ans après sa disparition, et puis furent oubliées pendant presque un siècle avant d’être redécouvertes après la deuxième guerre mondiale. Le jeune pianiste suisse Francesco Piemontesi, dont le mentor, Alfred Brendel, a fait de longues recherches sur ces sonates, vient de publier chez l’excellent label Pentatone, un fort bel enregistrement de ces sonates. Au début du livret, qui est en anglais et en allemand, il explique que ces sonates représentent pour lui « la musique la plus existentielle jamais écrite pour le piano », qu’elles « sont pleines de beauté et de tristesse, pleines de vie et de la prémonition de la mort », mais qu’avant tout ces sonates sont « pleines d’humanité ». Piemontesi interprète ces sonates à la fois avec beaucoup de fougue et de sensibilité, déjà une grande maturité et une grande intelligence musicale, même si les sillons qu’il a commencé à creuser devront être approfondis pour atteindre un plus grand sens de la complexité du drame schubertien. Piemontesi est un artiste en pleine maturation qu’il sera passionnant de suivre dans les années qui viennent, et il a déjà une discographie très solide et construite fort intelligemment, loin des pièges de la virtuosité dans lesquels tombent nombre de jeunes pianistes.

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