Bilan discographique 2019 n°1

Si mon blog s’appelle « Beethoven et les autres », c’est parce que je voue une admiration et un amour sans borne à Ludwig van Beethoven, ce Prométhée qui fit souffler un vent de liberté sur le monde de la musique. J’ai d’ailleurs récemment découvert en lisant l’excellent ouvrage de Bernard Fournier, Le génie de Beethoven, que le nom de mon blog était également le titre d’un des chapitres de ce livre, sans que cela ait été volontaire de ma part. Mais malgré tout l’amour que j’ai pour la musique de Beethoven, il faut bien avouer que l’approche du 250ème anniversaire de sa naissance, et l’avalanche d’enregistrements que ces célébrations commencent à provoquer avant même l’année 2020 est en train de me fatiguer au plus haut point. Beethoven est déjà un compositeur sur-représenté dans les enregistrements d’ordinaire, et n’a pas vraiment besoin qu’on ré-enregistre ses symphonies, cycles de sonates, et ses concertos ad nauseam, alors qu’il y a tellement de compositeurs peu enregistrés qui mériteraient qu’on mette la lumière sur leur œuvre. Néanmoins il y a quelques très beaux enregistrements des œuvres de Beethoven qui m’ont marquée en cette année 2019 et que j’aimerais présenter brièvement.

Pour commence, j’ai eu un coup de foudre pour l’intégrale des symphonies de Beethoven enregistrées par le chef d’orchestre hongrois Ádám Fischer et le Danish Chamber Orchestra. Si vous voulez écouter un cycle des symphonies de Beethoven interprétées de façon innovante, revigorante, avec une vraie prise de risques en terme de rythme et de phrasés, et un grand sens dramatique, je vous conseille d’écouter ce coffret décapant des symphonies de Beethoven. C’est un enregistrement qui a été manifestement été fait avec une connaissance des performances historiquement informées, mais on ne sent à aucun moment que ce soit un carcan qui enferme le chef et l’orchestre dans une interprétation maniériste. Bien sûr, la vision des symphonies proposées ici est assez iconoclaste, et parfois radicale, et elle pourrait en dérouter certains auditeurs, mais si vous voulez redécouvrir ces chefs d’oeuvres de l’écriture symphonique, et surtout comprendre la place unique de Beethoven dans l’histoire de la musique, à la fois de par « son ancrage dans la tradition et ses tendances révolutionnaires » (Bertrand Fournier), ces enregistrements d’Ádám Fischer peuvent être d’une grande aide, de par la capacité de Fischer à sculpter la musique, mais aussi grâce à son sens de nuances et des couleurs orchestrales qui font vibrer la musique de Beethoven avec une intensité renouvelée.

Toujours parmi les oeuvres orchestrales, Andrew Manze, qui est un chef dont j’ai déjà présenté plusieurs enregistrements sur ce blog (notamment un très bel enregistrement du concerto pour violon de Beethoven avec James Ehnes), vient de publier les concertos n°2 et 5 avec le pianiste allemand Martin Helmchen et le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin. Comme je l’avais remarqué pour l’enregistrement précédent de Manze avec Ehnes, c’est une vision très apollinienne de Beethoven qui est proposée dans cet album, une vision toute en équilibre, clarté et avec une certaines chaleur dans l’interprétation que ce soit du côté de l’orchestre ou du pianiste. On est assez loin de la lecture beaucoup plus abrasive d’Ádám Fischer dans les symphonies, mais la simplicité et la pureté du jeu d’Helmchen et de la direction de Manze sont magnifiques à écouter, un vrai moment de grâce et d’élégance.

Pour finir, j’ai choisi de présenter un très bel enregistrement des sonates pour violon n°3, 6, 7, 8 par le violoniste Lorenzo Gatto et le pianiste Julien Liebeer, dernier album d’une intégrale remarquable des sonates pour violon commencée en 2016. De façon très pertinente les deux musiciens belges expliquent le but de leur démarche dans l’introduction du livret de leur dernier disque, expliquant l’enregistrement est un processus « dynamique », que c’est l’occasion de trouver de « nouveaux éclairages », qui souvent ne commencent « qu’une fois sorti du studio », et que par conséquence « l’enregistrement devient une étape dans une évolution qui se découvre soudain de nouvelles perspectives ». Ils affirment tous les deux qu’en ce 250e anniversaire de la naissance de Beethoven, le compositeur « émerge souverain, toujours plein de vitalité et de sagesse, donnant tort à ces « dépoussiéristes » pour qui le simple fait qu’un musique soit plus vieille qu’eux l’obligerait à rentrer dans le moule de l’époque (comment ?) ou disparaître ». D’une certaine manière, il y a dans leur vision de ces sonates beaucoup de franchise, quelque chose de très droit, sans être sec, mais une vision au fond encore très « jeune », presque « brute » dans le sens d’un matériau qu’on dévoile dans toute sa nudité. C’est un disque qui montre l’osmose entre les deux musiciens, et qui donne à entendre une interprétation d’une grande intelligence musicale avec une belle richesse de timbres.

L’année 2020 verra encore de nombreux enregistrement des oeuvres de Beethoven, ainsi qu’une pléthore de concerts, mais heureusement il sera toujours possible de trouver quelques pépites pour continuer d’apprécier sa musique dans toute sa beauté et sa complexité.

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