Jeunesse et maturité

Le mois de janvier 2019 a été riche de belles sorties discographiques, mais il y a un album qui a été mon coup de cœur de ce début d’année, c’est le premier volume de l’intégrale des symphonies de Schubert par Edward Gardner et le City of Birmingham Symphony Orchestra. Gardner et le CBSO se connaissent très bien, car le chef anglais a été le principal chef invité de cet orchestre entre 2011 et 2016 et ils ont déjà enregistré ensemble une intégrale des symphonies de Mendelssohn. Enregistré les 9 et 10 juillet 2018, cet album comprend deux symphonies de jeunesse de Schubert, la 3e et la 5e symphonies, ainsi que la très célèbre « symphonie inachevée ».

La 3e symphonie fut composée par Schubert en 1815, alors qu’il était encore étudiant du vieux Antonio Salieri et qu’il travaillait comme professeur dans l’école que dirigeait sont père. Cette symphonie montre l’influence de Haydn sur le jeune Schubert, notamment dans l’adagio maestoso du premier mouvement. C’est assez étonnant d’écouter l’interprétation qu’en donne Gardner, car on sent bien qu’il a écouté la production discographique des trente dernières années, y compris les interprétations historiquement informées, mais il en fait une synthèse très personnelle. Il arrive à maintenir des tempi bien plus rapides que dans beaucoup d’enregistrements en sculptant très intelligemment les phrases, en apportant un élan à la musique, mais surtout en soignant l’équilibre des différents pupitres, ce qui permet d’entendre tous les plans sonores avec beaucoup de clarté et de netteté. Dans le presto vivace le dialogue entre les cordes et les bois est merveilleux de vivacité et de légèreté.

Si la 3e symphonie portait la marque de Haydn, la 5e symphonie montre quant à elle clairement l’influence de Mozart sur le jeune Schubert. Présentée dans le livret de l’album comme « un condensé abouti de classicisme Schubertien », elle requiert un assez petit effectif orchestral, puisqu’elle fut composée pour un orchestre de chambre. Là encore la direction légère, mais ferme de Gardner, qui sait alléger quand c’est nécessaire et accentuer quand il le faut, aboutit à construire une vision dynamique et contrastée de cette symphonie. Bref, c’est vivant, mais cela reste très élégant. L’allegro vivace est particulièrement saisissant par un alliage d’élan, de tranchant des cordes, de couleurs fruitées des bois, qui emporte irrésistiblement l’auditeur dans un tourbillon musical assez enivrant. Cela donne envie de danser avec la musique.

Changement de ton avec les premières mesures de la symphonie n°8, qui nous fait basculer dans l’obscurité et le drame. Composée en 1822, alors que Schubert était au sommet de sa carrière, elle resta inachevée et ne comprend que deux mouvements entièrement orchestrés, sans que l’on sache exactement pour quelle raison. Là encore on retrouve les recettes de la réussite des deux autres symphonies: élégance, respiration, flexibilité des tempi, mais ici la clarté de l’interprétation sert la construction tragique de l’œuvre. Dès les premières mesures aux violoncelles et contrebasses, le changement d’atmosphère est frappant. La direction précise et nerveuse de Gardner donne l’impression d’une angoisse sourde qui explose à certains moments avec une violence contrôlée et une dureté implacable. Ce qui impressionne également dans le premier mouvement, c’est la capacité du chef anglais à maintenir constamment la tension. Le deuxième mouvement commence dans un calme relatif, mais dans une atmosphère bucolique où l’on sent l’angoisse toujours sous-jacente, prête à exploser à tout moment.

Ce disque est un vrai bonheur à écouter, réécouter, et désormais j’attends avec impatience la suite de cette intégrale des symphonies de Schubert. Il est également une preuve supplémentaire du grand talent et de la versatilité d’un chef d’orchestre en pleine ascension qui se montre aussi à l’aise dans le classicisme viennois que dans la musique moderne.


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