Calendrier musical de l’avent – 17

L’Angleterre est une nation maritime. Il est donc bien normal que des compositeurs anglais aient été inspiré par l’appel de la mer. Ralph Vaughan Williams (1872-1958) est peut-être le plus anglais des compositeurs anglais, et pour sa première symphonie, qu’il composa assez tard, à l’âge de 31 ans, il choisit un magnifique poème du grand poète américain Walt Whitman. Plus qu’un poème sur la mer à proprement, le poème de Whitman est une ode aux « héros sans noms », un « chant pour les marins de toutes les nations ». On comprend facilement en lisant le poème de Whitman, si lyrique et fraternel, ce qui a pu inspirer Vaughan Williams. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le compositeur anglais a commencé sa carrière de symphoniste de la plus glorieuse et spectaculaire des manières. Dès les premières notes des cuivres, suivies de l’intervention joyeuse et spectaculaire des chœurs, c’est une vraie épopée maritime dans laquelle l’auditeur se trouve entrainé. Pour une première symphonie, c’est un coup de maître qui montre la maîtrise orchestrale et chorale de Vaughan Williams, qui a lentement muri son écriture musicale afin d’échapper à l’influence trop grande des compositeurs germaniques et autrichiens sur la musique anglaise, aidé en cela par sa rencontre avec Maurice Ravel. « Ce qui compte, disait-il, c’est d’être fidèle à soi-même ». Et pour élaborer une voix distinctement anglaise, Ralph Vaughan Williams étudia les chansons populaires anglaises, où il trouva l’essence de l’esprit musical de la nation anglaise.

Après cette magnifique symphonie l’album nous offre l’occasion d’écouter une des œuvres les plus célèbres et populaires de Vaughan Williams, un poème symphonique, ou une « romance pastorale pour orchestre » comme l’appelait le compositeur, « The Lark Ascending » (l’envol de l’alouette). Inspiré d’un poème de George Meredith cette romance fut composée d’abord pour piano et violon juste avant de le début de la Première Guerre Mondiale, puis le compositeur révisa cette œuvre, qui n’avait pas encore été jouée en public, pour en faire un poème symphonique pour violon et orchestre . Comme l’explique le livret de l’album, « The Lark Ascending » est une œuvre qui marqua un tournant révolutionnaire pour la musique anglaise du début du 20e siècle, de par sa liberté rythmique, les flux et reflux de cette musique, ainsi que par son refus de la cadence parfaite.

Andrew Manze a commencé depuis plusieurs année une belle intégrale des symphonies de Vaughan Williams avec l’orchestre de Liverpool, dont cet album est l’avant-dernière publication. Il est ici accompagné par le baryton Mark Stone et la soprano Sarah Fox, tous deux remarquables, dans la « Sea Symphony », ainsi que par le violoniste James Ehnes pour « The Lark Ascending ». La lecture de la symphonie par Manze, comme cela a été noté par un critique, n’est pas aussi spectaculaire que d’autres enregistrements, mais il se concentre sur les courants profonds de l’œuvre et souligne les contrastes de l’écriture musicale de façon admirable, avec l’aide de l’orchestre et des chœurs de Liverpool, qui, trente ans après leur enregistrement sous la baguette du grand chef anglais Vernon Handley, montrent une nouvelle fois qu’ils brillent de nouveau parmi les grands orchestres anglais. Dans The Lark Ascending, on ne peut qu’admirer une fois de plus la musicalité et la poésie de l’interprétation de l’immense violoniste canadien James Ehnes, qui sait faire chanter et voleter cette alouette avec une grâce infinie.

« Elle s’élève et se met à tourner,
Elle laisse tomber la chaîne argentée du son,
sans séparer ses nombreux anneaux,
Avec force pépiements, sifflements, liaisons et tremblements.

Car en chantant jusqu’à ce que son ciel soit repu,
C’est l’amour de la terre qu’elle insuffle,
et à chaque coup d’aile,
Notre vallée devient sa coupe dorée
Et elle est le vin qui déborde
Pour nous élever avec elle lors de son prochain envol.

Jusqu’à ce que, perdue sur ses anneaux aériens,
Dans la lumière, puis l’imagination chante. »

George Meredith, « L’envol de l’Alouette », 1881

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