Calendrier musical de l’Avent – 15

Vasily Petrenko, c’est Docteur Jekyll et M. Hyde. C’est un chef qui a deux visages assez opposés, un côté clair et lumineux d’une part, et un côté sombre et angoissé d’autre part. Comme il l’a expliqué dans de nombreux entretien il fait partie d’une génération de chefs formés dans les dernières années du système soviétique, à une époque où ils ont pu tirer tous les avantages possible d’une formation extrêmement stricte, intense et rigoureuse, mais où l’Union Soviétique s’ouvrait à la musique occidentale et accueillait des chefs tels que Solti ou Bernstein, qui l’ont beaucoup influencé. Le chef dont il se rapproche sans doute le plus en terme de carrière pour le moment est sans doute Neeme Järvi, qu’il admire profondément non seulement pour la rigueur de ses lectures mais également pour sa flexibilité et le naturel de ses interprétations. Petrenko est également proche de Järvi par sa capacité à élever le niveau des orchestres qu’il dirige, que ce soit comme directeur musical ou comme chef invité, et les mélomanes qui l’ont entendu diriger l’orchestre philharmonique de Radio France savent à quel point c’est vrai.

Cet enregistrement de la 1ere symphonie de Scriabine ainsi que de « Prométhée ou le poème de feu » est magnifique. Le docteur Petrenko a nettoyé la partition, lui a rendu lumière et transparence, aidé par un Orchestre Philharmonique d’Oslo en très grande forme. Certains admirateurs des enregistrements de Riccardo Muti et Evegeny Svetlanov ont été déçus par cette lecture ni assez romantique, ni assez tellurique, mais personnellement je pense qu’il est inutile de reproduire  les enregistrements du passé. S’il y a bien une qualité qu’on peut reconnaître à Vasily Petrenko c’est qu’il ne cherche pas à imiter les chefs du passé.

« Après une pause discographique de 10 mois Vasily Petrenko est de retour avec un superbe enregistrement de la 1ere symphonie et du poème symphonique Prométhée de Scriabine, achevant ainsi son intégrale des symphonies du compositeur russe avec l’orchestre d’Oslo, dont il est le directeur musical depuis 2015, et le pianiste Kirill Gerstein, avec qui il a enregistré le concerto pour piano l’année dernière. Comme l’ont remarqué certains critiques, c’est une très bonne idée d’avoir couplé la première œuvre et la dernière orchestrale Scriabine, car Petrenko met ainsi en lumière l’évolution radicale du compositeur russe, d’abord influencé par les compositeurs romantiques, et notamment de Wagner et Tchaikovski, avant d’adopter une écriture plus « moderniste », qui a influencé Stravinsky et Prokofiev. Petrenko expliquait dans un entretien au début de son intégrale qu’il recherchait la transparence afin de permettre à la musique de resplendir : « Once you’ve found all the transparency in his music as well as these almighty moments, then the music starts to shine ».  Le chef russe s’est ainsi attelé à une forme de décapage en douceur de la partition de la première symphonie, ce qui donne l’impression d’entendre absolument le moindre détail avec une fluidité et une transparence assez remarquables, permettant à la musique de respirer, là où j’ai parfois eu l’impression d’une musique lourde et opaque sous la baguette d’autres chefs. Dans « Prométhée », le pianiste Kirill Gerstein donne une interprétation explosive de cette œuvre si moderne, totalement en osmose avec le chef et l’orchestre, jusqu’au moment où l’intervention des chœurs nous donne l’impression de basculer dans une expérience mystique et cosmique propre à la musique de Scriabine. »

lawolwc1160


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