Calendrier musical de l’Avent – 14

En 2018 nous avons commémoré la fin de la Première Guerre Mondiale, et c’est l’une des raisons qui m’a poussée à choisir le superbe album « Requiem: The Pity of War » de Ian Bostridge et Antonio Pappano, un récital composé de mélodies donnant une perspective historique et poétique sur cet événement cataclysmique. Les mélodies sélectionnées furent composées sur une période de 50 ans par des musiciens anglais et allemand, George Butterworth, Rudi Stephan, Gustav Mahler et Kurt Weill. Butterworth et Stephan sont assez peu connus, contrairement à Mahler et Weill, car leur carrière a été brutalement interrompue par la guerre qui les a fauché dans la fleur de l’âge comme des millions de jeunes Européens. Toute une génération d’artistes, peintres, poètes, musiciens, a été perdue dans ce bain de sang de la Première Guerre Mondiale.

Ian Bostrige explique dans le livret avoir eu l’idée de ce programme alors qu’il chantait le War Requiem de Britten en 2016. Bostridge a commencé par choisir des extraits de Des Knaben Wunderhorn de Mahler, car bien que décédé avant le début de la Première Guerre Mondiale, le compositeur autrichien a évoqué les horreur de la guerre de façon prophétique alors qu’il vivait dans la société très militarisée de l’Autriche-Hongrie des Habsbourg au tournant du 20e siècle. Les mélodies de Kurt Weill, composées sur des textes du poète américain Walt Whitman pendant la Seconde guerre mondiale, évoquent quant à elle les horreurs de la Guerre de Sécession, premier grand conflit moderne qui annonçait les horreurs de la Première Guerre mondiale.

Les mélodies de George Buttleworth, composées sur des extraits de « A Shropshire Lad » de A.E. Housman entre 1910 et 1911, permettent de mesurer l’immense perte musicale que la mort prématurée de ce jeune compositeur anglais a représenté. Par ailleurs ces poèmes évoquant avec nostalgie les paysages ruraux anglais comptaient parmi les lectures préférées des soldats anglais dans les tranchées. Comme l’explique Bostridge, « l’univers harmonique de ces mélodies est très subtil et nous offre un chef d’oeuvre de modernisme en demi-teinte ». Beaucoup plus radical d’un point de vue musical que Buttleworth selon Bostridge, Rudi Stephan a composé avec « Ich will dir singen ein Hohelied », un cycle de chansons d’amour sensuelles, voire érotiques, composées pendant la guerre à partir des textes d’une poétesse.

Cet album est remarquablement conçu et interprété, car, même si la voix si particulière de Ian Bostridge ne sera probablement pas du goût de tous les mélomanes, l’intensité de l’interprétation du ténor anglais accompagné au piano par le grand chef anglais Antonio Pappano rend l’écoute de cet album très poignante.



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