Calendrier musical de l’avent – 5

Cette année 2018 est l’année du centenaire de l’orchestre de Cleveland, et pour l’occasion le label Sony Classical a décidé de sortir un énorme coffret consacré au plus célèbre directeur musical de cet orchestre, George Szell. Ce coffret de 106 disques est le témoignage de plus de 20 ans de collaboration entre Szell et l’orchestre de Cleveland entre 1946 et 1970.

Né à Budapest en 1897, mais élevé à Vienne, George Szell, de son vrai nom György Széll, fut d’abord un enfant prodige, et notamment un pianiste prodige, qui avait étudié avec Richard Robert, le maître de Hans Gál, Clara Haskil et Rudolf Serkin, ainsi qu’avec le musicologue Eusebius Mandyszewski, proche confident de Brahms. Szell arrêta de jouer du piano en concert, mais sa connaissance profonde de cet instrument explique très probablement ses nombreuses et brillantes collaborations avec des musiciens tels que Rudolf Serkin, Leon Fleischer, Robert Casadesus ou Clifford Curzon. Protégé de Richard Strauss, il fait partie d’une génération de brillants chefs d’orchestres hongrois qui ont laissé une empreinte durable sur les orchestres américains, à l’exemple de Fritz Reiner à Chicago, Eugene Ormandy à Philadelphie, ou Antal Dorati à Detroit.

Quand Szell pris la direction de l’orchestre de Cleveland, à la suite d’Erich Leinsborf, c’était un orchestre régional respecté mais assez mineur qu’il a transformé en un des plus grands orchestres américains et internationaux. Szell avait la réputation d’être un tyran, à l’image de Reiner, mais contrairement à son idole Toscanini, Szell ne criait pas sur les musiciens : il était un tyran froid et calme, qui possédait une maîtrise de l’orchestre total et un perfectionnisme absolu, ce qui explique l’immense respect que les musiciens avaient pour Szell. Comme le disait un des second violons : « Même quand nous nous disputons et que nous ne sommes pas heureux, nous jouons bien pour Szell. Nous le faisons par respect pour lui, et peut-être par peur. »

J’ai découvert l’art de la direction de George Szell en regardant un documentaire intitulé « The art of conducting » et ce fut un choc pour moi qui ne jurais que par Karajan à l’époque. C’était la découverte d’un son non seulement plastiquement très beau, mais beaucoup plus aiguisé et précis, d’une perfection sans égale, avec une clarté et un équilibre qui font de ses interprétations des grands compositeurs classiques, notamment d’Haydn et de Mozart, références jusqu’à ce jour. George Szell est parfois critiqué pour la froideur et la rigidité de ses interprétations, mais personnellement je les qualifierais davantage de hiératique et coloré, dans la tradition des chefs d’orchestre d’Europe centrale. Richard Osborne rappelait dans l’article qu’il a consacré à Szell dans le numéro du magazine Gramophone de Novembre 2018 que le chef hongrois était particulièrement fier que son orchestre joue différentes musiques nationales avec une voix spécifique, ce qui est le cas si l’on écoute les enregistrements de musique russe de Szell, qui sonnent quasiment russe, alors que ses enregistrements de Strauss ont un son viennois.

Si j’étais une jeune cheffe d’orchestre, j’aurais probablement fait de Szell et non de Karajan mon modèle, dans la mesure où Karajan est devenu un grand chef grâce à un orchestre qui était déjà immense avant qu’il en prenne la direction, alors que Szell était un grand constructeur d’orchestre, le modèle d’une collaboration entre un orchestre de second rang et un chef de génie qui a su amener cet orchestre jusqu’au premier rang des orchestres internationaux.






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