Un pionnier venu de l’Est

Neeme Järvi est un des derniers témoins d’un monde disparu, un des derniers chefs vivants a avoir grandi sous la période stalinienne et avoir été l’élève de Mravinsky. Avec plus de 400 enregistrements (ou peut-être 500 selon certains sites), il est un des derniers géants de la direction d’orchestre venu de l’ancien bloc soviétique, et s’il n’a pas été le directeur musical d’orchestres très connus du grand public (Detroit Symphony Orchestra, Royal Scottish Orchestra, Gothenburg), il n’en a pas moins été régulièrement invité tout au long de sa carrière par des orchestres très prestigieux, comme le Concertgebouw d’Amsterdam, les Berliner Philharmoniker, le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, le Gewandhausorchester Leipzig, le Czech Philharmonic Orchestra et les Wiener Symphoniker, pour ne citer que les plus connus.

Ce qui impressionne le plus dans sa discographie, c’est l’étendue de son répertoire qui compte plus de 100 compositeurs : à commencer par les grands noms de la musique romantique et celle du 20e siècle (Tchaïkovski, Rimsky-Korsakov, Prokofiev, Shostakovich, Richard Strauss, Mahler, Wagner, Dvořak, Glazunov, Grieg, Sibelius, Stravinsky, Brahms…), mais également avec des compositeur du parfois très peu connus du grand public comme Wilhelm Stenhammar, Hugo Alfvén, Niels Gade, Franz Berwald, Johann Svendsen, Johann Halvorsen, ainsi que des compositeurs de son pays natal comme Rudolf Tobias, Artur Kapp, Eduard Tubin et bien sûr Arvo Pärt. Neeme Järvi est la preuve vivante qu’un chef d’orchestre peut faire une grande carrière en s’aventurant dans des répertoires peu joués et enregistrés. Comme il l’expliquait au Guardian en 2001, les compositeurs scandinaves ne sont que rarement joués dans le reste de l’Europe, et il considère que c’est un devoir de les sortir de cet isolement: « Somebody must do the pioneering thing. »

Neeme Järvi est un chef très intuitif, qui déclare ne pas aimer trop répéter et croie profondément à la magie de l’instant. Il considère que le rôle du chef d’orchestre consiste à inspirer et aider les musiciens de l’orchestre, comme il l’expliquait au magazine anglais Gramophone en janvier dernier. Ceci explique sa gestuelle qui est assez minimale, car selon lui plus un chef gesticule, plus il perturbe l’orchestre. L’essentiel, c’est d’avoir des idées, et non pas de suivre la partition mesure par mesure ou de rester trop collé aux indications du compositeur, mais d’essayer de trouver l’intention originelle du ce dernier.

Chef estonien formé à Leningrad, Neeme Järvi a ensuite longtemps travaillé en Suède où il a été directeur musical de l’orchestre de Göterborg pendant 22 ans et aux Etats-Unis où il a dirigé l’orchestre de Detroit pendant 15 ans. Järvi considère qu’un chef doit rester longtemps à la tête d’un orchestre afin de pouvoir construire le son de l’orchestre et lui faire atteindre un très haut niveau. Chose étonnante: il n’est resté que 4 ans à la tête du Scottish National Orchestra, avant de devenir leur chef émérite, mais il a tellement enregistré avec cet orchestre qu’on peut avoir l’impression qu’il a été leur directeur musical pendant de très longues années.

Avec plus de 200 enregistrements rien que chez le label Chandos, et environ 400 en tout, Neeme Järvi est assez clairement un boulimique de l’enregistrement, et bien sûr sa discographie peut être un peu inégale, mais ses enregistrements sont toujours de grande qualité, même quand l’interprétation peut être considérée brillante mais superficielle ou trop froide, un reproche qui lui est souvent fait de la part des critiques. Ce chef possède une technique très impressionnante, et sous son air très nonchalant, il cache une grande rigueur et une capacité assez rare d’élever considérablement le niveau des orchestres avec lesquels il travaille. Ainsi son fils, Paavo Järvi, qui est également chef d’orchestre, racontait au magazine Gramophone à propos de son père que « ses musiciens lui font confiance parce qu’il est un chef fiable, et pas de manière soporifique. S’il doit changer quelque chose à la dernière minute, il peut le faire plus rapidement que n’importe qui d’autre parce qu’il a la technique. » A son meilleur le chef estonien allie à la fois l’intensité, la précision et une grande souplesse, ainsi qu’un vrai sens des couleurs.

A 81 ans Neeme Järvi continue d’inspirer les jeunes générations de musiciens par sa science et sa passion pour la musique, et surtout il continue d’enregistrer et d’explorer les répertoires encore trop peu gravés par ses collègues. Son dernier enregistrement est un disque consacré au compositeur suédois Wilhelm Stenhammar:

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