Pour qui sonne le glas…

Je ne sais pas si Tchaïkovski connaissait le poème de John Donne dont est tiré cette fameuse citation, et pourtant elle m’est venue tout naturellement à l’esprit à la fin du concert que donnait le chef letton Andris Nelson en tant que nouveau Kapellmeister du Gewandhausorchester de Leipzig :

No man is an island,
Entire of itself,
Every man is a piece of the continent,
A part of the main.
If a clod be washed away by the sea,
Europe is the less.
As well as if a promontory were.
As well as if a manor of thy friend’s
Or of thine own were:
Any man’s death diminishes me,
Because I am involved in mankind,
And therefore never send to know for whom the bell tolls; 
It tolls for thee. 

C’est bien le glas qui sonne la fin de toute existence humaine que les spectateurs, particulièrement indisciplinés, ont pu entendre jeudi soir à la Philharmonie de Paris dans une interprétation simple et belle de la 6e symphonie de Tchaïkovsky.

Après un début assez réussi avec l’oeuvre courte mais intense de Thomas Larcher, Chiasma, qui a été composée pour célébrer le 275e anniversaire du Gewandhausorchester de Leipzig, l’interprétation de la symphonie n°40 de Mozart était très attendue. Jusqu’à présent j’avais toujours considéré qu’Andris Nelsons n’était pas un chef maniéré, qu’il avait au contraire une direction très claire, équilibrée et dynamique avec un certain sens dramatique quand il est à son meilleur (comme je l’avais déjà écrit lors de son intégrale des symphonies de Brahms), mais aussi une tendance à faire des interprétations lisses. Alors quelle ne fut pas ma surprise hier soir en entendant une interprétation si maniérée et ennuyeuse, mon analyse étant en cela assez proche de celle d’un critique qui avait assisté au même programme à Bruxelles quelques jours auparavant. Je ne comprends pas cette manie de cette génération de chefs quarantenaires à vouloir tout surligner avec un gros stabilo, comme s’ils devaient prouver qu’ils savent lire tous les détails et toutes les nuances de la partition. Cela rend le discours musical complètement embrouillé, et c’est d’un ennui mortel. L’andante m’a semblé si longue que j’ai crue qu’elle ne finirait jamais. Pour avoir entendu de nombreuses fois ce même orchestre avec leur précédent Kapellmeister, Riccardo Chailly, je n’ai même pas complètement reconnu l’orchestre, si beau pour sa légèreté, sa vivacité et la netteté de ses attaques. J’ai eu l’impression que le chef cherchait à épaissir les couleurs de l’orchestre et surtout à créer des contrastes artificiels, mais cela ne fonctionnait pas du tout pour moi. Il va sans dire que le chef et l’orchestre ont été ovationné par le public parisien dans une salle comble pour acceuillir ces stars européennes. Si le but était d’éblouir, c’est mission accomplie. Par contre pour laisser la musique respirer…

Après l’entracte est venue le moment d’écouter la 6e symphonie de Tchaïkovski. Et là je dois dire que les choses ont commencé à aller nettement mieux dans l’interprétation, sans doute parce qu’Andris Nelsons a été formé au conservatoire de Saint-Petersbourg et a travaillé avec Mariss Jansons, ce qui lui donne une très bonne connaissance de la musique russe en générale, et de Tchaïkovski en particulier. Pour moi on pourrait diviser les interprétations de cette symphonies en deux catégories bien distinctes : les russes (et européens de l’est) et les occidentaux. Les premiers peuvent être extrêmement dramatique, sans jamais être dans la lourdeur du pathos comme les seconds. Andris Nelsons a choisi le refus du pathos, une grande sobriété et de laisser la musique parler, et ce fut vraiment beau et triste, surtout dans le dernier mouvement où j’ai senti un vrai abandon face au poids du destin. J’ai senti l’orchestre et le chef lui même libéré, et pour moi la musique respirait beaucoup plus que dans la première partie. Il y avait moins de tentative d’esbrouffe, plus de simplicité, et d’émotion, cela malgré le comportement insupportable du public qui applaudissait entre les morceaux, toussaient et un bruit sourd et grave au niveau de parterre qui a gêné le chef à de nombreuses comprises, ce qui fut remarqué par certains critiques présents dans la salle.

Je suis sortie avec un sentiment mitigé, mais néanmoins heureuse d’avoir assisté à ce concert. La saison prochaine Andris Nelsons reviendra avec le Gewandhaus, mais également avec le Boston Symphony Orchestra, dont il est également directeur musical. Je suis très curieuse d’écouter ce chef dans les années qui viennent et de voir comment il va évoluer, même si je dois quand même avouer que je suis un peu sceptique en ce qui concerne le concert de louanges des critiques à son propos.

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