L’art de la simplicité

Dans ma vie de mélomane j’ai pu assisté soit à des concerts réussis, dont je suis sortie heureuse, soit à des concerts ratés, dont je suis sortie très en colère (heureusement il y en a peu), soit à beaucoup de concerts qui m’ont laissé dubitative, ni complètement heureuse, ni complètement énervée. Et puis il y a les concerts exceptionnels, ceux qui se détachent de la masse, ceux dont on se souvient toute sa vie, ceux dont on souhaite qu’il en reste une captation pour graver ce moment dans l’éternité d’un enregistrement. Parfois j’ai pu écouter des concerts qui m’ont transportée, tant l’interprétation des musiciens était juste et intense. Ces concerts exceptionnels sont très rares, et personnellement je les compte sur les doigts de la main et je chéri leur souvenir.

C’est à un concert exceptionnel que j’ai eu la chance d’assister jeudi 18 janvier dernier, un peu par hasard. J’avais eu de très bons échos du concert du soir précédent, et un critique m’avait convaincue d’y aller pour pouvoir découvrir l’oeuvre de Bruckner dans toute sa splendeur. Alors même si j’étais assez épuisée et que je n’aimais pas particulièrement Bruckner, je me suis laissée convaincre et je ne le regrette pas du tout.

Ce soir là j’avais pu  avoir une place au troisième rang du parterre centre de la Philharmonie de Paris, et malgré mon extrême fatigue, j’ai tout de suite senti en entendant les premières mesures de la 39e symphonie de Mozart que quelque chose de grand et beau était en train de se passer. L’interprétation de cette symphonie par Herbert Blomstedt et l’orchestre de Paris fut tout simplement si belle et si évidente que la musique semblait couler de source. Le vieux monsieur souriant et sympathique de 90 ans qui dirigeait l’orchestre semblait n’avoir qu’à très peu bouger ses bras pour impulser une fraîcheur et un dynamisme inouï aux musiciens, qui visiblement prenaient beaucoup de plaisir à jouer sous sa direction.

Avec sa très longue expérience de chef, Blomstedt n’a plus rien prouver et peut désormais profiter de son statut de chef invité pour s’amuser à diriger la musique qu’il aime, et transmettre sa passion pour cette musique aux musiciens et au public. La version de la 3e symphonie de Bruckner que le chef suédois avait choisi d’interprété à Paris est généralement peu jouée, c’est la version originale de cette symphonie, à laquelle les chefs préfèrent généralement une version remaniée moins brouillon et plus cohérente. Mais alors que j’avais été prévenue de la structure un peu brouillonne de cette oeuvre, sous la direction de Blomstedt j’ai été surprise d’entendre une oeuvre qui m’a paru d’une grande cohérence. C’est là le signe d’un grand chef que de pouvoir remettre de la cohérence et unifier ce qui peut sembler au premier abord confus. Pour moi qui découvrait l’oeuvre ce fut un vrai bonheur que de pouvoir écouter l’ensemble en comprenant la structure de l’oeuvre sans aucune difficulté, même si a priori je ne fus pas nécessairement emportée par la musique.

Et que dire de l’orchestre de Paris si ce n’est reconnaître tout simplement qu’ils furent ce soir là un orchestre totalement transformé, voire transfiguré. J’ai vraiment été agréablement surprise par la qualité des musiciens que je n’avais jamais entendus jouer de façon si belle (en tout cas pas sous leur directeur musical actuel). Tout était plus clair, net, précis, dense dans leur jeu. IMG_3090.JPG

Pour finir il faut que j’admette que le lendemain du concert, alors même que j’étais sortie de la salle en me disant que la Bruckner était un peu trop manipulatrice et répétitive pour que je l’apprécie, je me suis mise à réentendre certaines mesures de la 3e symphonie, au point de vouloir la réécouter, ce que je fis en rentrant chez moi après le travail. J’ai écouté les enregistrements de Böhm et de Solti, et j’ai fini par être conquise par la musique de Bruckner. Tout cela grâce à la magie d’un vieux chef suédois de 90 ans qui lors d’un concert a su faire vivre la beauté de la musique d’un compositeur qu’il aime et comprend comme peu de chefs.

 

Un commentaire

  1. J’adore la 3ème de Bruckner. Il dilate le temps, quand on parle de temps Brucknerien, j’ai tout de suite cette troisième en tête qui a un côté implacable, entêtant. Après je ne sais pas si la version que j’ai en disque est celle remaniée mais oui, en effet, je la trouve limpide, très cohérente. Mais il faut prendre le temps de l’écouter, ça c’est certain.

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