Une soirée héroïque

Cette soirée du 16 janvier 2018 était placée sous le signe de la jeunesse, d’une part parce que le public de la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris était plus jeune que d’habitude, notamment grâce à la présence d’un groupe scolaire, mais également du fait de la jeunesse du soliste, le pianiste Lucas Debargue, et du chef, Eugène Tzigane. Quant au programme, il avait pour fil conducteur l’héroïsme avec un titre très accrocheur, « Super-héros », sans doute pensé pour attirer un jeune public. Mais il se trouve que seules deux des trois oeuvres au programme du concert, l’ouverture Coriolan de Beethoven et Ein Heldenleben (Une vie de héros) de Richard Strauss, portaient réellement sur ce thème de l’héroïsme, et qu’il est encore un peu tôt pour considérer que Lucas Debargues est une figure héroïque, comme l’expliquait le texte de présentation du concert sur le site de la Philharmonie de Paris.

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Tout commença plutôt bien avec une interprétation musclée et nuancée de l’ouverture symphonique Coriolan de Beethoven. Si j’ai trouvé la direction du jeune chef américain trop sèche, elle était néanmoins très bien menée, de façon énergique, mais sobre, avec un joli sens de la nuance et une bonne compréhension de la construction dramatique de l’oeuvre, même si au final on peut regretter un manque de chair et de souffle.

Après cette ouverture, j’ai été légèrement déçue par ce qui devait être le grand moment de la soirée, le concerto en sol de Maurice Ravel, une oeuvre qui pour être difficile à bien interpréter, ne requiert pas non plus un héroïsme fou. Le premier mouvement m’a posé certains problèmes : manque d’homogénéité de l’orchestre et un soliste qui avait un jeu un peu trop appuyé et maniéré à mon goût, ce qui m’a fait ressentir une certaine déception. C’est souvent un problème pour moi: les critiques s’emballent pour un jeune artiste, et une bonne partie du temps je me retrouve à me demander pourquoi ils ont exprimé un tel enthousiasme. La suite du concert était de meilleure facture, notamment l’adagio assai qui était très poétique, mais je suis toute de même sortie un peu sceptique à l’entracte. Disons pour conclure que si j’ai entendu de belles choses chez le pianiste, qui était assez bien accompagné par l’orchestre National d’Ile de France et le chef (même si c’était un peu brouillon par endroit), je pense qu’il est encore assez jeune, qu’il se donne des airs et qu’il gagnerait à se la jouer moins rebelle et à plus de simplicité.

Le concert s’est terminé avec une interprétation assez brute d’Ein Heldenleben de Strauss, qui pour être assez rythmée et manquait de nuance et de couleur. Et la fatigue s’emparant de moi, j’avoue que j’ai eu quelques difficultés à maintenir une attention égale pendant toute l’interprétation du poème symphonique de Strauss. J’ai néanmoins beaucoup apprécié la beauté du solo de violon interprété par Ann-Estelle Médouze dans le 4e mouvement. Etant placée à l’arrière scène il était très intéressant de regarder le travail du chef, qui était extrêmement clair et précis dans ses gestes, et dialoguait sans cesse par le geste avec les musiciens.

Ce fut un joli concert et avec l’amie qui m’accompagnait ce soir là, et qui est elle-même musicienne amateur, nous sommes sorties avec le sourire de la Philharmonie.

 

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