Calendrier musical de l’Avent – 8

La musique de Prokofiev est duelle : entre tradition et modernité, entre douceur et violence, entre froideur et chaleur, entre lyrisme et ironie, elle reste fondamentalement ambigüe, mais j’ai malheureusement souvent  l’impression que l’interprétation tend à estomper cette ambiguïté en accentuant les aspects froids, ironiques et modernistes de son oeuvre. Cette musique est comme du vif-argent. Elle m’a toujours semblée extrêmement vive et légère, inquiète mais non angoissée à la manière d’un Chostakovitch. Elle peut être si claire et translucide, qu’elle semble vouloir fuir tout cadre qui pourrait lui imposer une question rigidité. Elle peut se faire tranchante, sans être abrasive, tout comme elle peut déployer des trésors de douceur et de poésie.

Cette année est sorti un enregistrement des 1er et 3e concertos pour piano qui m’a rendu très très joyeuse quand je l’ai écouté pour la première fois parce qu’il remplissait complètement tout le cahiers des charges d’un bel enregistrement de Prokofiev. Et cet enregistrement nous vient de Liverpool. Quoi ? Liverpool ? Encore ? Petrenko (Vasily, parce que Kirill n’enregistre pas) ? Et oui, encore. Quand un orchestre travaille avec un chef principal russe un brin stakhanoviste, et bien le résultat logique est qu’ils enregistrent beaucoup, et surtout de la musique russe. Et en plus ils enregistrent très bien la plupart du temps (même s’ils ont légèrement « raté » leur enregistrement des concertos pour piano de Chostakovitch et de Tchaïkovsky, mais je leur pardonne).  Je sais bien que c’est agaçant, mais c’est comme cela et ce n’est pas fini.0880040414025.jpg Ici l’orchestre de Liverpool et Vasily Petrenko sont accompagnés du grand pianiste macédonien Simon Trpčeski avec qui ils ont déjà enregistré une belle intégrale des concertos de Rachmaninov ainsi que les concertos de Tchaïkovski. On sent dans cet enregistrement une complicité et un bonheur de faire de  la musique ensemble. Tout est net, clair et brillant dans ce disque. C’est une approche de Prokofiev qui est très équilibrée et me satisfait personnellement, car rien n’est surjoué ou surexposé. Encore une fois ce sont des artistes qui mettent la musique au premier plan, et ne l’utilisent pas pour mettre leur égo ou leurs lubies en valeur. Comme le faisait remarquer un critique de Diapason, c’est une « bouffée d’air frais ». Avec ces musiciens, j’ai personnellement eu l’impression que ces concertos, qui sont très, voire trop, joués, avaient été plongés dans un bain de jouvence.

 

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