Calendrier musical de l’avent – 6

L’enregistrement du jour est la rencontre de deux monuments : d’un côté un compositeur autrichien, Gustav Mahler, et de l’autre un chef d’orchestre hollandais de 88 ans, Bernard Haitink, et le moins que l’on puisse dire c’est que leur rencontre fait des étincelles.

La 3e symphonie de Mahler est une symphonie monumentale, un Everest de près d’une heure trente qui est très exigeante pour l’auditeur. Alors il faut bien trouver une porte d’entrée dans cette oeuvre. Il se trouve qu’avant d’être une mélomane acharnée, j’étais très cinéphile, et que l’un de mes réalisateurs préféré est Luchino Visconti. Quiconque a vu Mort à Venise sait que le film est célèbre pour son introduction sur l’adagietto de la 5e symphonie de Gustav Mahler, dont la vie et la carrière a servi d’inspiration à la fois à la nouvelle de Thomas Mann et au film de Visconti qui en est l’adaptation. Mais on oublie trop souvent que vers la fin du film, au moment où le personnage principal du compositeur Gustav Von Aschenbach est proche de la mort, on peut entendre le début du 4e mouvement de la 3e symphonie avec ce chant, qui dans le film semble sortir d’un passé très lointain, et qui est un extrait d’Ainsi parlait Zarathoustra :

« Ô homme prends garde !
Que dit minuit profond ?
J’ai dormi, j’ai dormi -,
D’un rêve profond je me suis éveillé :
—Le monde est profond,
Et plus profond que ne pensait le jour.
Profonde est sa douleur -,
La joie — plus profonde que l’affliction.
La douleur dit : Passe et finis !
Mais toute joie veut l’éternité
—— veut la profonde éternité ! » »

Profonde est la musique de Mahler, toute à la fois ambigüe, mystérieuse, tellurique, angoissante, violente, mais aussi simple, franche, éthérée, tendre et poétique. Elle est tournée vers le passé, mais aussi ancrée dans le présent, et déjà prophétique. C’est une musique qui embrasse le cosmos tout en n’oubliant pas d’exprimer des sentiments très humains, une musique dans les profondeurs desquelles on peut se perdre. Surtout les chefs d’orchestre qui doivent trouver un moyen de construire ces cathédrales au combien déroutantes.

Mais Bernard Haitink n’est pas n’importe quel chef, c’est lui-même un monument de la direction d’orchestre, peut-être le dernier, maintenant que Harnoncourt, Abbado et Boulez ont disparu. Voilà un chef qui quand on l’écoute diriger un orchestre, ici l’extraordinaire orchestre de la Radio bavaroise, a une vision claire de la musique qu’il dirige et sait conduire ses musiciens dans cette direction afin de laisser la musique s’exprimer librement et toucher l’âme de l’auditeur. C’est un passeur, et quel meilleur moyen de plonger dans une oeuvre que d’être accompagné par un artiste qui vous permet non seulement de ressentir la beauté de la musique, mais également d’en comprendre la composition.

mahler_3_1.jpg

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s