Calendrier musical de l’avent – 1

Cette idée m’est venue d’un ami mélomane, qui a partagé sur twitter le défi que s’est lancé une de ses amies, elle aussi mélomane, Victorine de Oliveira, de faire un calendrier de l’avent des belles parutions discographiques de l’année 2017.  Traditionnellement un calendrier de l’avent doit commencer le 4e dimanche avant le jour de Noël afin de permettre aux enfants d’attendre Noël, mais originellement l’Avent marque la période de l’attente avant la célébration de la naissance de Jésus Christ dans la religion chrétienne. Cette année la période de l’Avent commence aujourd’hui, le dimanche 3 décembre 2017.

Il m’était impossible de commencer ce calendrier de l’avent musical sans présenter un enregistrement de Beethoven, parce que pour moi Beethoven est aussi essentiel à ma vie de mélomane que l’air que je respire. Beethoven est le compositeur qui m’a donné mon premier choc esthétique musical, quand j’ai entendu pour la première fois l’ouverture Coriolan jouée en concert. J’avais alors une dizaine d’année, et ce n’étais pourtant pas la première fois que j’entendais de la musique classique, car mon père était très mélomane et écoutait régulièrement des enregistrements de grands compositeurs classiques. Mais ce jour là, en entendant Coriolan, j’ai pris conscience de la puissance de l’émotion esthétique.

Il y a chez Beethoven non seulement une forme géniale, une beauté de la structure musicale assez évidente, mais il y a surtout un propos très humain sur l’existence. Dans l’oeuvre de Beethoven se trouvent exprimés tous les aspects de l’existence humaine, et tout d’abord cette idée fondamentale que la vie est un combat. Voilà un homme qui a souffert, mais qui n’a jamais cessé de lutter même dans ses plus grands moments de désespoir, et qui a réussi à transformer sa souffrance en joie pour en faire le don à l’humanité. Ecouter Beethoven, c’est non seulement écouter l’âpreté de ce combat qu’est la vie face au néant et au chaos qui menacent toute existence, mais c’est aussi pouvoir goûter à des moments de plénitude et de bonheur purs. Beethoven est un compositeur des extrêmes, de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, de la plus grande violence et de la plus grand douceur, du désordre comme de l’ordre.

Cette année j’ai retrouvé la puissance esthétique de la musique de Beethoven parfaitement exprimée dans un enregistrement du concerto pour violon par un orchestre, un chef et un soliste que j’aime particulièrement: ONYX4167_225.jpg

Beethoven n’a composé qu’un seul concerto pour violon, mais ce concerto est d’une perfection esthétique rare. C’est un concerto qui ne demande pas une virtuosité particulière, contrairement à certains concertos très joués en concert qui permettent à leur interprète de faire de la pyrotechnie, mais c’est un concerto qui demande une grande musicalité à ses interprètes. J’ai souvent l’impression qu’il est assez peu joué en concert à cause de cette difficulté majeur. Ici le soliste ne peut pas se cacher derrière sa technique. Il doit jouer de façon honnête en cherchant à l’intérieur de lui-même les resources pour faire chanter son violon et exprimer toute la noblesse, la fragilité et la joie exprimées dans ce concerto.

James Ehnes est un très grand violoniste qui dispose non seulement de grandes qualités techniques mais surtout d’un jeu pur, simple, franc et chantant. Il y a une sorte d’évidence musicale quand on l’entend jouer. Il ne cherche pas à impressionner mais il laisse la musique chanter et respirer, comme si c’était la chose la plus naturelle. Dans le concerto pour violon de Beethoven le dialogue avec Andrew Manze et le Royal Liverpool philharmonic Orchestra est magnifique d’équilibre et de contraste, comme l’ont remarqué de nombreux critiques. C’est une version qui semble très apollinienne à la première écoute où l’on est frappé par l’équilibre, la clarté et l’élégance de l’interprétation. L’orchestre est absolument magnifique, avec ce son à la fois riche et presque transparent, qui ne tient pas qu’au chef absolument remarquable dans la direction de ce concerto, mais qui est surtout le résultat d’années de travail des musiciens du RLPO sous la direction de leur chef principal. Ce qui est assez extraordinaire, passé la première écoute, c’est de se rendre compte que le chef parvient à complexifier le discours en apparence apollinien en insufflant à l’orchestre un discours plus dionysiaque à certains moments, où l’on entend le tumulte intérieur sourdre sans déséquilibrer l’ensemble.

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